Ours,
Ton retour approche.
Ton retour est proche.
Nous t’attendons.
Depuis cette nuit de novembre où tu partis pour l’Autremonde.
Au cœur de l’invisible, de l’immortel, du sacré.
Pour nous ici,
Pour nous depuis :
Silence et froid,
Obscurité, rigueur.
Nous t’attendons, ô roi sauvage.
Depuis toujours nous savons ton pouvoir.
Ce pouvoir que t’envient les puissants de ce monde.
Maître du végétal et de l’animal,
Serviteur de la nature,
C’est toi qui décideras du retour du printemps.
Cette nuit,
Tu sortiras de ton antre
Les membres gourds, affaibli par la faim,
Si la lune est claire et que tu vois ton ombre
Tu sauras qu’il n’est pas encore temps,
Tu te coucheras pour quarante jours encore
Jusqu’à la nouvelle lune propice à l’arrivée du printemps.
(Pour conjurer le sort,
Les habitants de Dieulefit,
Fermaient, dans la nuit du 1er au 2 février, les ours
Tous les bourrus, les grognards, les renfrognés, les mal léchés étaient barricadés chez eux
afin qu’ils ne puissent pas sortir et voir leur ombre.
On condamnait leur porte, on clouait leur fenêtre puis on se retrouvait pour danser, rire et boire à la santé du printemps qui reviendrait plus vite.
Mais les fâcheux sont bien souvent les puissants
Et ils n’apprécient guère que l’on se joue d’eux
Ils aiment la discipline et l’ordre
Ils aiment le silence et que l’on respecte les lois.
Ils veillent depuis quelques années, font des rondes et menacent,
Si bien qu’on ne ferme plus les ours à Dieulefit et qu’ils s’en félicitent.
Dommage, Dommage,
Il nous faudra attendre quarante jours encore,
Endurer aubes glacées et jours de grande froidure.
C’était de toute façon leur faire beaucoup d’honneur
que de les comparer au roi sauvage)
Tu iras donc, le temps venu, à la lune nouvelle
Annoncer le retour du printemps
Tu te rouleras dans la terre redevenant tiède et fertile,
Briseras d’un coup de patte la glace retenant la source
Et t’y plongeras,
Frotteras ton dos à l’écorce des arbres et sentiras la sève neuve qui affleure,
Chercheras les pousses nouvelles et le premier miel.
Puis,
Viendra la Grande Faim,
Celle qu’aucun met ne saurait apaiser,
Celle qui enfièvre le corps entier,
Fait trembler les membres
Et gémir sous la lune pleine.
Alors tu lanceras l’appel
Et toutes les bêtes s’éveilleront
Au chant de l’ours.