Pour la première fois je participe aux Vases communicants et accueille Benoît Vincent/Ambo(i)lati. Nous avons choisi d’écrire à deux le cinquième et pénultième texte de sa série intitulée Minuscule requiem en fa dièse | Quels mots pour le corps ?
Deux chemins sont possibles : soit une lecture linéaire sur ce blogue ou bien sur l’autre, soit, en suivant les liens internes (cliquer sur les mots en orange ici, en noir là-bas), une alternances entre les deux blogues. Dans ce cas, si vous voulez bien me suivre…
Aussi le labyrinthe du continu n’est pas une ligne qui se dissoudrait en points indépendants, comme le sable fluide en grains, mais comme une étoffe ou une feuille de papier qui se divise en plis à l’infini ou se décompose en mouvements courbes, chacun déterminés par l’entourage consistant ou conspirant.
Gilles Deleuze
Nous • dans.
Le lit.
Chacun =une extrémité.
Elle • se caresse | et moi :je.
Notre seul contact les yeux. Nous nous tenons par les yeux, nous prenons par les yeux, nous donnons dans les yeux de l’autre. Nous enfonçons dans l’œil de l’autre, les deux pas possible, et puis :moi c’est déjà la bouche les
lèvres | qui m’attirent.
Regarder l’autre, son autre, préparer à prendre et à se rendre | à l’autre | l’aller chercher par une caresse, ce corps, alors même qu’il n’est pas
| plein dévêtu.
On se tient les yeux, bouches entr’ouvertes ne semblent laisser aucun souffle mais • la stupeur, continue, de ce qui s’ouvre. L’œil dicte &trahit la main qui dessine le désir.
Le désir
sur le faîte du pli.
Corps concentrés, concentrés de corps, émulsion, essence de corps appelle • corps tuméfiés ou durs, humectés ou gonflés • ils s’approchent.
Tout le corps =dans la main, qui petit à petit. Tire sève et. Soudain s’approche bouche comme pour mordre.
Comme pour mordre… Les corps s’approchent, les mains à présent viennent lire • et découvrir • le corps de l’autre, le corps autre, le tout autre, tout contre le corps de l’autre.
Le corps est étoffe, tissu que la main caresse, parcheminé que les doigts comme petites bouches, petites gueules acérées, hérissées de dents palpent, comme si elle mordait. Main=doigts, doigts=bouches, =œil tout à l’heure.
Au fur
et à mesure
va | prendre
prends | goûter
goûte | la peau,
en saisit par la langue/bouche/lèvres/doigts
couleur et grain • la saveur.
Temps mort.
Encore. L’un s’attaque à la peau de l’autre, qui se laisse faire. Je mesure la peau et plus seulement la peau comme surface,
mais la peau comme profondeur : je goûte et soupèse et dessine et mime le galbe, le plein, le délié, les linéaments, les points d’ancrage qui ne font pas de ce corps une étendue, mais un nœuds complexe de dimensions.
Ce que le corps recèle de secrets, la langue qui les embouche
venir toucher, voir, lécher.
Le sein ne lasse pas | la main | la langue. L’aine, le ventre, la cuisse, la fesse, l’épaule ou le pied. Le cou réside pour la langue longtemps. Le lobe • les plis.
Le corps est bas • plus bas • je vais chercher • plus bas • là où habite la chaleur, la où | elle se love se
terre, se
dissimule, se
planque
Là chaud.
Je me repaire l’intérieur de la cuisse.
L’intérieur de la cuisse. n’a pas de nom.
Il est secret &sans accroc.
Sa douceur le confond. Sa douceur le dispute. La peau ici n’est plus que le nimbe de
ce
qui respire
:le passage.
Aimantes, les lèvres se cherchent, se
collent
J’aime baiser tes lèvres — celles qui ne parlent pas.
et y glisser
y glisser
la langue tandis que la leur
la tienne, ce minuscule
point
ce menu
point
tandis qu’il pointe
et se tend comme pour
alors les lèvres salivent
les lèvres mouillent
alors je me dresse
sur ce minuscule
tertre
je lape mordille
la toison qui presse et engrille
l’odeur âpre
ton odeur même
j’aspire autant que souffle sur les braises
je baise
et j’aime alors à
ployer et renverser ton • cul.
Par derrière les lèvres comprimées, et je passe | tes fesses | je
dessus | je
dessus | toi
je | te, et
pénètre, me fiche et tes fesses dans mon ventre lovées, me voilà…
Me voilà.
Sur toi. Je ne t’écrase pas, nos corps s’imbriquent, s’enlacent, seuls, aisément.
Je ne pense rien
empoigne
empoigne
ce que je
devine
et vois
c’est un chemin
permanent chevauché
je te
prends
je
te prends
et lorsque le souffle coupé c’est sur toi que je m’allonge &là c’est du poids que je te serre • comme dans un paysage, il n’y a qu’un chas pour passer
le fil de l’horizon
tout est là, d’ailleurs il n’y a pas • d’horizon.
je souffle à ton oreille, ahane et ton visage défiguré
par la sueur et l’absence d’œil on est
deux gamins deux ravis
deux soumis à la battance
comme le sont les étendues
sous l’averse
et lorsque le souffle coupé je me reprends au creux de ton épaule | tenant encore de ce qui hurle d’espace | tendant cet espace hurlant entre tes jambes | tu profites de mon abattement pour dériver tout • doucement
jusqu’
à
rompre
Rompre : retournement qui me plaque au sol de la toile, tissu, texte. Retournement • intégral des pesées, mais
te refuses à peser et te campes
accroupie sur des jambes colonnes implacables
au-dessus de ce que tu saisis, inclines, déclines | et contr’autour duquel
tu t’enroules
Tu maintiens tout notre contact
dans l’empan des regards
et encore un point comme moyeu
Toute la nuit est ce point.
Je te suis ligoté du regard | tien.
Je ne comprends pas le mécanisme que tu instaures
en subit la fièvre pression impossible
imperceptible
glissement
des regards je n’ai que
tes yeux
pour m’accrocher
au monde et | si | je
je | si
le | je regarde
je contemple et côtoie le • puits • de ton désir
me dissimuler toute force
et aller-venir
aller-venir
suspendue légère
râpeuse toison
(j’ausculte…)
âcre velours
(je fomente ce qu’elle dérobe)
je voudrais | aussi
ça | qui est caché •
ce •
ce •
et tu essuies mes larmes contenues de ton • me serres
les poignets de tes doigts jusqu’à contraindre
étrangler tout le sang
qui n’attend que
le moment que
que
que
le moment que tout le corps appelle.
Tout le corps appelle
et ce n’est pas que juste humectées les lèvres
lubrifiées leurs peaux
les tendons et les muscles et les nerfs
tous pointés en un point
de bascule, en un point de l’univers
où tourne tout ce qui tourne
Les peaux se révèlent et tour le corps appelle
Il crie, et c’est toi qui
préparée par l’étendue de ces corps
confiante dans la poignée de notre aventure
apprêtée, te relève un peu
un tout petit tout petit peu
pour un nouveau retournement
je découvre un nouveau • point •
de ton cul et
à nouveau
happé par ce corps
nous nous fondons.
(celui-ci est étroit, il est aussi long humide chaud mais aussi long infini régulier gaine permanente fourreau lorsqu’il n’est plus possible ou permis d’adouber)
(ici le temps mort)
nous contrevenons, nous rebroussons chemin, nous arrêtons le temps | concentrons toute attention | sur un point | ce • point | et cet excès d’espace
• volubile
• gouffre
• inévitable
• implacable
…d’espace tue | le temps.
alors nous tuons le temps
contrevenons
Je ne suis que
mon
dans ton
Corrompre • au moment voulu cette étreinte. Cette contrainte. J’arrive.
J’arrive, je
viens(contre).
Je • électrique,
transpire | tout le muscle &tendon &nerf détrace désécrit désigne
Nous avons perdu le monde • et le monde • nous.